account_balance LE 11 FEVRIER 1975. MON DESTIN SE JOUA ET SE DETERMINA

LE 11 FEVRIER 1975. MON DESTIN SE JOUA ET SE DETERMINA Comme tous les mardis, je me réveillai ce jour-là, à Marcory, souriant à la vie. Ma journée commençait, et jusqu’aujourd’hui d’ailleurs, par la prière. Minimum quarante-cinq minutes. Ensuite, venait l’écoute de la musique pendant une heure de temps. Déjà collégien, j’étais remarqué par tous les disquaires de Treichville. Je pouvais rester deux heures de temps devant leur magasin pour écouter de la musique. J’achetai tous les mois des disques ou en commandai en France. Mon père me passait tous mes caprices. En écoutant la musique je lisais surtout ou écrivais. Des lettres comme des textes littéraires. Ma passion du livre et de l’écriture datent d’avant mon entrée à l’école. Mon parrain de baptême, voisin également, me fascinait. Homme politique, à l’époque coloniale, il possédait une immense bibliothèque. Toujours en train d’écrire dans son salon. Les spécialistes ont vraiment raison. Tout se joue avant l’âge de six ans. Dans mon cas je peux l’affirmer. A l’école primaire, à chaque fois qu’on regardait dans mon sac, les romans pour enfants, les bandes dessinées, les livres d’aventure étaient plus nombreux que ceux de l’école. Ma mère qui ne savait pas lire me chuchotait pour avoir entendu d’un oncle instituteur que je ne foutais rien à l’école sauf lire des romans. J’aimais trop les aventures de Bleck, le rock, de Bibi Fricotis et autres Zembla pour freiner ma passion par des bastonnades de ma maman. C’est mon père même qui m’avait inscrit dans une école catholique. A Saint Jean-Bosco de Treichville à la pédagogie très différente des écoles régionales de la ville d’Abidjan. A chaque entrée et sortie de la classe, jusqu’au CM2, des prières et une heure de catéchisme. Tous les quinze jours on recevait Kizito, un magazine pour enfants et adolescents avec de nombreuses rubriques pour notre formation intellectuelle et spirituelle. Mais c’est au collège que ma passion pour la lecture va s’amplifier avec les bibliothèques de l’école et celles de la vie. J’étais abonné à cinq bibliothèques. Je ne lisais pas moins de cinq romans par semaine. A la Bibliothèque John F Kennedy de Treichville, en découvrant l’œuvre de Pearl S Buck qui fut prix Nobel de littérature, j’ai acquis la conviction, d’une manière définitive, que je serai un écrivain ou rien. A l’âge de huit ans, revenant un dimanche matin de la messe à Saint Paul du Plateau, en compagnie de mon père, je vis dans la vitrine d’une librairie, la photo d’un noir africain sur la couverture d’un livre. Ce sera le départ de ma vocation. « Si un noir écrit un livre, pourquoi pas moi ? » C’est au lycée que je vais m’inscrire dans une école par correspondance (comme aujourd’hui les cours sur internet) pour mieux comprendre l’art d’écrire. Je me doutai qu’il y avait un secret dans cette affaire. Pourquoi des romans plaisent et beaucoup d’autres ne disent rien aux lecteurs ? Durant 18 mois je vais étudier à travers des brochures, lie des tas d’ouvrages conseillés, envoyés des devoirs et exercices qui seront corrigés et retournés avec de nombreux enseignements. Ces cours élaborés par des académiciens français, du Goncourt et de grands auteurs voulaient combattre la tendance de certains écrivains français vers le nouveau roman. Le nouveau roman, que certains écrivains africains vont adopter, sera un désastre pour la littérature. La brochure 7 est intitulée : « Les qualités du style : La simplicité. » Entre temps je serai passionné par la littérature russe. Dostoïevski, Tolstoï, Pouchkine (mon maitre), Tchekhov, Gogol. Ce mardi 11 février, comme tous les mardis, dès que je sors de ma maison, c’est pour acheter le quotidien Fraternité-matin qui publiait chaque semaine : « La page des arts ». Animée par Guy Van Stenkiste, un belge qui finira par se faire appeler Guy Kouassi, il sera le grand timonier de la promotion de la littérature ivoirienne et africaine. Nous étions nombreux à lui envoyer nos textes pour son jugement et aussi dans le but de les voir publier dans les colonnes du journal. C’était le triomphe de voir son texte passer tous les matins en feuilleton. Quelqu’un qui connaissait vraiment la littérature. En ouvrant la page littéraire mon cœur a failli s’arrêter. Ma nouvelle : « Le traitre « est publiée avec mon adresse complète en dessous. Intérieurement je proférai toutes sortes d’injures contre Guy Kouassi. « Pourquoi cette nouvelle et pas les 14 autres ? Pourquoi choisir cette nouvelle politique, sur le pouvoir et pas les nouvelles sur le thème de la femme ou le thème de Dieu ? » Et pourquoi pas en feuilletons « Ma joie en Lui. » Le manuscrit que je lui ai également déposé en même temps que le recueil de nouvelles : « Les Deux amis. » J’attendais tranquillement que les services de renseignement viennent m’arrêter pour me pousser à expliquer le sens réel de ma nouvelle. Guy Kouassi disait que je serai tôt ou tard un écrivain et voilà que c’est lui qui voulait m’enterrer avant ma naissance. Toute la journée aucune convocation. Et jusqu’à la fin de la semaine. Par contre de nombreuses lettres de félicitation. Parmi la centaine de lettres, clle de mademoiselle Jacqueline Falcq. « Enfin, un véritable écrivain ! ». Enseignante à l’ENS, responsable de la pédagogie au ministère de l’éducation nationale, elle va déposer mes textes chez les éditeurs et m’en commander. Ainsi va naitre IBK ce 11 février 1975. Au 11 Juin pour une autre chronique COMPRENDRE. En attendant, aimez Dieu et votre prochain.


Publier : 10/05/2017 à 21:08     Vues : 2260

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